
Ailleurs est un lieu autre de celui où l’on se trouve. Un lieu dont on parle, qui se manifeste sous la forme d’un monde différent, à la fois proche et lointain, où l’on ne sait plus vraiment ce que l’on regarde entre vérité et fiction. Les œuvres de Lena Andonova réorientent notre regard sur le monde. L’artiste en extrait des fragments qu’elle reproduit, superpose, multiplie, réinterprète. Par un jeu de recadrage, elle rejoue la lecture d’une nature contemporaine : celle que l’on côtoie au quotidien. Le day dream ou Boketto, comme acte de plonger notre « regard vide » vers l’horizon, nous emporte dans une contemplation où plusieurs réalités s’entrelacent. Par strates, recouvrements et mises en lumière, Lena Andonova nous donne à voir un souvenir - le sien -, partiellement caché, à peine visible sous les couches de peinture et de papier mâché. Ici le souvenir existe en tant que moment vécu par l’artiste, un souvenir qui change et disparaît au fur et à mesure que nous essayons de nous le remémorer. Ce souvenir est proche d’une déambulation inconsciente. Le rêve éveillé que l’artiste retranscrit sous la forme de dessins automatiques frôle la rêverie surréaliste. Le geste se veut léger et évanescent, le crayon est porté par la forme aléatoire ou imprévue qui guide l’enveloppe finale du dessin. L’imaginaire issu de ces tâches nous emporte dans les souvenirs ou la nature est plus rêvée qu’observée. Cette nature, Lena Andonova la sublime en en prélevant ses résidus ou objets glanés au hasard de ses promenades. D’abord choisis pour leurs formes et leurs matérialités, ils sont ensuite recouverts de sachets de thé ou de pétales de fleurs. Ces natures mortes nous montrent la nature telle qu’elle est, ce que l’on observe lorsque les humains ne sont pas là. Ailleurs nous invite alors à regarder autrement, à prendre le temps de voir le monde qui nous entoure. En attirant notre attention sur ce flou du monde, l’artiste emporte le spectateur dans un espace semi-fictionnel/semi-réel où la visibilité est troublée et nos certitudes malmenées. Espaces transitoires et chemins de traverses sont alors la clé de lecture d’œuvres dont nous devons deviner (ou pas) la présence, l’effacement ou le mouvement au gré de nos intuitions. Stéphani Hab Exposition AIlleurs du 4 au 28 février 2026 Médiathèque Pablo-Neruda 24, rue Béranger à Malakoff mardi, jeudi et vendredi : 15 h - 19 h mercredi et samedi : 10 h - 18 h dimanche : 10 h - 13 h